Une seringue. Un briquet. Une cuillère. Vite. Juste pour décompresser. Promit, c'est la dernière. Putain, ce que c'est bon. Mon bras percé par les nombreux trous qu'ont fait les seringues. Ma mémoire dijoncte. Je m'écroule par terre, la tête contre le carrelage de ces toilettes miteuses. Je sais que tu me cherches à côté. Je sais que toi aussi ce soir, tu t'es piqué. Mais on va s'en sortir. Pas vrai ? Nan, soyons réalistes, on sait tous les deux que sans cette substance nous ne sommes rien. Les crises de manque sont de plus en plus fortes. J'ai l'impression que mes os perforent ma peau, j'ai mal aux genoux, aux poignets, à la colonne vertébrale... Laissez-moi m'oublier quelques heures..
Je me réveille vers trois heures du matin, et je te trouve écroulé à côté de moi, ta tête contre mon épaule. Je te sors du sommeil en t'embrassant, 'Viens, il faut qu'on parte maintenant'. Tu t'accroches à mes épaules, et on sort tout les deux dans cette rue si froide. Alors je m'installe sous le pont, j'étale les couvertures sur le sol glacé et je t'allonge, j'enlève ton sweet et je le met sur moi ; tu es encore dans les vapes, tu hallucines, tu débites des dizaines de mots à la seconde, tous à la fois, comme si tu les vomissais. Je te regarde, et je pense 'Combien de temps cette merde va durer ?'. Cette nuit là, je n'ai pas dormi. Je n'ai pensé qu'à la prochaine dose que nous allions nous procurer.
C'est si facile de cacher les apparences, si vous saviez.